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Sauver mon épargne

Retraite : comment ça marche et combien vous toucherez

Régime de base, Agirc-Arrco, âge légal à 64 ans, trimestres, décote et surcote, taux de remplacement : les mécanismes expliqués simplement pour estimer votre future pension.

Lecture : 10 min · Mis à jour le

La retraite est le sujet financier sur lequel les Français ont le plus d'inquiétude et le moins d'information. Ce guide explique comment votre pension est calculée, pourquoi elle sera inférieure à votre salaire, et quels leviers vous avez. Il ne remplace pas votre estimation officielle sur info-retraite.fr, mais il vous permettra de la lire.

Un système par répartition, en deux étages

En France, les cotisations des actifs d'aujourd'hui paient les pensions des retraités d'aujourd'hui : c'est la répartition. Vos cotisations ne sont pas placées pour vous ; elles vous ouvrent des droits que les actifs de demain financeront. Pour un salarié du privé, ces droits se constituent dans deux régimes obligatoires.

Le régime de base (Assurance retraite, ex-CNAV)

La pension de base se calcule ainsi : salaire annuel moyen × taux × (trimestres validés ÷ trimestres requis).

  • Le salaire annuel moyen est la moyenne de vos 25 meilleures années, chaque année étant plafonnée au plafond annuel de la Sécurité sociale (48 060 € en 2026, soit 4 005 € par mois). Tout ce que vous gagnez au-dessus ne compte pas pour la base.
  • Le taux est au maximum de 50 % (le « taux plein »).
  • Les trimestres requis sont de 172 (43 ans) pour les personnes nées à partir de 1965. Il en manque ? La pension est proratisée et, en plus, une décote s'applique.

Autrement dit, la base verse au mieux la moitié d'un salaire plafonné à 4 005 € par mois : pour un salaire supérieur, elle ne pourra jamais dépasser environ 2 000 € bruts mensuels.

La complémentaire Agirc-Arrco

Chaque mois, une part de vos cotisations achète des points. À la retraite, le nombre de points multiplié par la valeur du point donne votre pension complémentaire. Les cotisations sont prélevées sur le salaire jusqu'à huit fois le plafond de la Sécurité sociale, avec un taux plus élevé au-dessus du plafond : c'est ce qui fait que la complémentaire pèse d'autant plus lourd que le salaire est élevé (elle représente souvent 30 % de la pension d'un non-cadre et 50 % ou plus de celle d'un cadre). La valeur du point est revalorisée chaque 1er novembre, en principe en fonction de l'inflation.

À quel âge, et avec quel taux ?

Depuis la réforme de 2023, l'âge légal de départ passe progressivement de 62 à 64 ans : 64 ans pour toutes les personnes nées à partir de 1968. Partir à l'âge légal ne garantit pas le taux plein : il faut aussi avoir tous ses trimestres.

  • Décote : chaque trimestre manquant, dans la limite de 20, réduit le taux de 0,625 point, soit 1,25 % du taux plein (le taux passe de 50 % à 49,375 % pour un trimestre manquant, et à 37,5 % pour vingt). La décote disparaît automatiquement à 67 ans, l'âge du taux plein sans condition de durée.
  • Surcote : chaque trimestre travaillé au-delà de l'âge légal et de la durée requise majore la pension de base de 1,25 %, soit 5 % par année supplémentaire. La complémentaire n'applique pas de surcote équivalente.
  • Le malus temporaire de 10 % de l'Agirc-Arrco (coefficient de solidarité) a été supprimé pour les départs depuis décembre 2023.

Ces règles expliquent pourquoi notre simulateur applique un coefficient de ±5 % par année d'écart avec 64 ans : c'est une simplification, mais c'est l'ordre de grandeur.

Le taux de remplacement : combien par rapport au salaire ?

Le taux de remplacement est le rapport entre la première pension nette et le dernier salaire net. C'est l'indicateur qui compte pour votre niveau de vie. Les travaux du Conseil d'orientation des retraites (COR) et de la DREES donnent les ordres de grandeur suivants, pour des carrières complètes :

ProfilTaux de remplacement net (ordre de grandeur)
Salarié non-cadre au SMIC75 à 80 %
Salarié au salaire médian (2 200 à 2 300 € net)65 à 75 %
Cadre à 4 000 € net55 à 65 %
Cadre supérieur à 8 000 € net45 à 55 %
Fonctionnaire (75 % du traitement indiciaire hors primes)60 à 75 % selon la part de primes
Indépendant (artisan, commerçant, libéral)30 à 55 %

Deux enseignements. D'abord, plus le salaire est élevé, plus la chute est forte : le plafonnement de la base et la structure des cotisations font que le système protège mieux les bas revenus. Ensuite, ces chiffres supposent une carrière complète et continue ; les périodes de chômage non indemnisé, de temps partiel, d'expatriation ou d'études longues les abaissent.

Fonctionnaires et indépendants : les cas particuliers

Les fonctionnaires perçoivent 75 % de leur traitement indiciaire des six derniers mois, à condition d'avoir la durée requise. Les primes, qui peuvent représenter 20 à 40 % de la rémunération, n'entrent pas dans ce calcul (elles alimentent une petite complémentaire, la RAFP). Un fonctionnaire dont les primes sont importantes a donc un taux de remplacement bien inférieur à 75 %.

Les indépendants (artisans, commerçants, micro-entrepreneurs) cotisent à un régime de base aligné sur celui des salariés et à une complémentaire propre, mais leurs cotisations, assises sur un revenu souvent optimisé à la baisse, sont plus faibles. Les professions libérales relèvent de caisses spécifiques aux règles variées. Dans les deux cas, la retraite obligatoire couvre rarement plus de la moitié du revenu d'activité : c'est la population pour laquelle l'épargne personnelle est la moins optionnelle.

Les leviers, dans l'ordre d'efficacité

  1. Vérifier son relevé de carrière sur info-retraite.fr. Les erreurs (trimestres manquants, périodes non reportées) sont fréquentes et se corrigent d'autant plus facilement qu'elles sont récentes.
  2. Jouer sur l'âge de départ. Chaque année de plus, c'est une année de cotisations en plus, une surcote de 5 % sur la base et une année de pension en moins à financer. C'est le levier le plus puissant, et le plus coûteux en temps de vie.
  3. Épargner tôt et régulièrement. C'est le seul levier entièrement entre vos mains. Le PER permet de déduire les versements du revenu imposable (intéressant à partir d'une tranche marginale de 30 %), l'assurance vie et le PEA offrent plus de souplesse. Le simulateur montre l'effet de chaque euro versé selon le placement.
  4. Racheter des trimestres (années d'études, années incomplètes). Coûteux, rentable surtout en fin de carrière et pour les hauts revenus : à faire chiffrer.
  5. Le cumul emploi-retraite, qui permet depuis 2023 de se constituer de nouveaux droits.

Le chiffre à retenir. Pour un salarié du privé, chaque euro de salaire au-delà de 4 005 € par mois n'est couvert que par la complémentaire. Plus vous gagnez, plus la retraite obligatoire s'éloigne de votre niveau de vie, et plus l'écart à combler par vous-même est grand.

Sources

  • Service public info-retraite.fr ; Assurance retraite (lassuranceretraite.fr) ; Agirc-Arrco.
  • Loi de financement rectificative de la Sécurité sociale pour 2023 (relèvement de l'âge légal à 64 ans).
  • Conseil d'orientation des retraites, rapports annuels ; DREES, Les retraités et les retraites.
  • Urssaf, plafond de la Sécurité sociale 2026.

Questions fréquentes

Quel est le taux de remplacement moyen à la retraite en France ?

Pour un salarié du privé à carrière complète, la pension nette représente en moyenne 60 à 75 % du dernier salaire net, et nettement moins pour les cadres et hauts revenus (souvent 50 à 60 %). Les indépendants sont les moins bien couverts.

À quel âge peut-on partir à la retraite en 2026 ?

L'âge légal est de 64 ans pour les personnes nées à partir de 1968 (relèvement progressif depuis la réforme de 2023). Le taux plein sans décote est acquis à 67 ans quel que soit le nombre de trimestres.

Où voir mon estimation officielle de retraite ?

Sur info-retraite.fr, le service public unique qui regroupe tous vos régimes et fournit une estimation personnalisée à partir de votre relevé de carrière.

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